Pour sécher ton filament, vise environ 45 à 50 °C pour le PLA, 55 à 65 °C pour le PETG et 60 à 70 °C pour le TPU, pendant 6 à 8 heures dans un séchoir ou une étuve ventilée. Un séchoir dédié ou un AMS chauffant (AMS 2 Pro, AMS HT) reste la solution la plus sûre ; le four de cuisine dépanne, mais ses écarts de température peuvent ramollir la bobine. Une fois sec, le filament doit repartir aussitôt dans une boîte étanche avec du dessiccant, sinon il reprend l’humidité en quelques heures.
Ce guide reprend les valeurs publiées par les fabricants eux-mêmes (Prusa et Bambu Lab), explique comment sécher avec chaque méthode et t’aide à choisir entre four, séchoir, AMS et bricolage maison.
Pourquoi un filament humide ruine tes impressions
La plupart des plastiques d’impression absorbent l’eau de l’air. Dans la buse, cette eau se vaporise d’un coup : le plastique fondu gonfle, crachote et forme des bulles. Bambu Lab liste les conséquences dans son wiki : fils (stringing), suintement, trous, surfaces rugueuses et pièces moins solides. Plus l’air est humide et plus la bobine traîne à l’air libre, plus c’est marqué.
Les symptômes classiques à reconnaître :
- des petits craquements ou claquements à la sortie de la buse ;
- beaucoup plus de fils qu’avec une bobine neuve, malgré les mêmes réglages de rétraction ;
- une surface rêche, avec des petits cratères ;
- un PETG translucide qui devient laiteux ou bulleux ;
- un filament cassant qui se rompt dans le tube (fréquent avec le PLA qui a pris l’humidité).
Toutes les matières ne sont pas égales. Le PLA tolère pas mal de choses, le PETG et le TPU réagissent vite, et les nylons (PA, PA-CF) sont de vraies éponges : Bambu Lab précise qu’après environ trois mois à l’air libre, un PA devient très difficile à récupérer, même en étuve à 80-90 °C.
Tableau des températures et durées de séchage par matière
Voici les valeurs officielles de deux fabricants. Elles ne sont pas identiques, c’est normal : chaque marque calibre ses chiffres sur ses propres filaments, ses bobines et ses appareils. Pour un filament d’une autre marque, regarde d’abord sa fiche technique, puis prends la valeur la plus basse en cas de doute.
| Matière | Prusa (séchoir ou four, Prusament) | Bambu Lab (étuve ventilée) | Bambu AMS 2 Pro | Bambu AMS HT |
|---|---|---|---|---|
| PLA | 45 °C, 6 h | 50 °C, 8 h (55 °C pour PLA Silk) | 45 °C, 12 h | 45 °C, 12 h |
| PLA bois | 45 °C, 6 h (Woodfill) | 55-65 °C, 8 h | 45 °C, 12 h | 45 °C, 12 h |
| PETG | 55 °C, 6 h | 60-65 °C, 8 h | 65 °C, 12 h | 65 °C, 12 h |
| TPU | 60 °C, 4-6 h | 70 °C, 8 h | 65 °C, 12 h (séchage parfois incomplet) | 75 °C, 18 h |
| ABS / ASA | ASA : 80 °C, 4 h | 75-85 °C, 8 h | Non compatible | 80 °C, 8 h |
| PC | 85 °C, 5 h (PC Blend) | 75-85 °C, 8 h | Non compatible | 80 °C, 8 h |
| Nylon chargé (PA-CF, PA-GF) | 90 °C, 6 h (PA11 CF) | 75-85 °C, 8-12 h | Non compatible | 85 °C, 12 h |
| PVA | Non indiqué | 75-85 °C, 8-12 h | Non compatible | 85 °C, 18 h |
Deux règles reviennent chez tous les fabricants :
- Ne dépasse pas la température indiquée. Prusa prévient qu’au-delà, le filament ramollit et les spires collent entre elles.
- Ne prolonge pas inutilement. Prusa recommande de respecter les durées pour éviter le sur-séchage, et Bambu Lab note que le PC peut devenir cassant après des cycles chauffe-refroidissement répétés.
Sécher son filament au four : possible, mais avec précautions
C’est la requête la plus courante, parce que tout le monde a un four. Les avis des fabricants divergent : Prusa l’accepte avec des précautions, Bambu Lab le déconseille franchement (chaleur mal répartie, zones proches des résistances beaucoup plus chaudes que la consigne). Le micro-ondes, lui, est exclu par tout le monde.
Si tu tentes quand même le coup :
- Mesure la vraie température. Pose un thermomètre de four indépendant à l’endroit où sera la bobine et laisse chauffer 20 minutes. Beaucoup de fours affichent 50 °C et montent à 65 °C par cycles, ce qui suffit à déformer du PLA.
- Vérifie que ton four descend assez bas. Prusa rappelle que de nombreux fours domestiques ne se règlent pas en dessous de 50 ou 60 °C. Dans ce cas, oublie le PLA.
- Utilise la chaleur tournante et place la bobine au centre, loin des résistances, sur une grille (jamais directement sur une plaque).
- Coince la porte entrouverte avec une cuillère en bois pour laisser sortir l’humidité.
- Reste à proximité et vérifie régulièrement : une bobine plastique qui fond dans un four, ça se nettoie mal.
- Sors la bobine et range-la tout de suite dans une boîte hermétique avec du dessiccant.
Attention aux bobines. Le carton supporte bien la chaleur, mais certaines bobines plastique premier prix se déforment bien avant 60 °C. Prusa indique par exemple que ses anciennes bobines noires ne tenaient que 45 °C (le noyau carton se dilate et la bobine se desserre), alors que les nouvelles, produites depuis octobre 2025, tiennent 90 °C. Pour le PETG ou le TPU, réembobiner sur une bobine qui supporte la chaleur peut éviter de mauvaises surprises.
Le séchoir à filament : la solution la plus simple au quotidien
Un séchoir dédié, c’est une boîte chauffante avec un thermostat et une petite ventilation, conçue pour une ou plusieurs bobines. Avantages : température stable, pas de surveillance, et la plupart permettent d’imprimer directement depuis le séchoir, ce qui est idéal pour le TPU et le nylon.
Les points à regarder avant d’acheter :
- La température maximale réelle. Beaucoup de modèles d’entrée de gamme plafonnent autour de 55 à 70 °C : parfait pour PLA, PETG et TPU, juste pour le nylon et le PC.
- La ventilation et l’évacuation de l’humidité. Une boîte qui chauffe sans évacuer l’air humide sèche mal.
- La rotation de la bobine pour un séchage homogène.
- Le nombre de bobines et la possibilité d’imprimer en sortie directe.
On a passé plusieurs séchoirs sur le banc chez Nozzler : le SUNLU FilaDryer S4 pour plusieurs bobines à la fois, son petit frère le FilaDryer S2, le FilaPartner E1 de Chitu Systems et son approche modulaire, ou encore le Dryer M2 Snail d’Eryone. Leurs tests détaillent la température réellement atteinte, c’est le critère qui compte.
Sécher dans l’AMS 2 Pro ou l’AMS HT de Bambu Lab
Les derniers AMS de Bambu Lab sèchent le filament directement dans le chargeur. Le déroulé est simple : tu insères la bobine, tu choisis le type de filament, tu lances le séchage. Avec les bobines officielles, la puce RFID applique automatiquement le bon profil.
Ce qu’il faut savoir, d’après le wiki officiel :
- L’AMS 2 Pro monte à 65 °C maximum. Il convient au PLA, au PETG et à leurs dérivés. ABS, ASA, PC, PA et PVA sont indiqués comme non compatibles pour le séchage dans l’AMS 2 Pro, et le TPU peut ne pas sécher complètement (Bambu conseille alors le plateau chauffant ou l’AMS HT).
- L’AMS HT sèche toutes les matières, même si certaines (PVA, PPS-CF, PPA-CF) peuvent rester insuffisamment sèches.
- Pas de mélange de températures : pour sécher de l’ABS dans l’AMS HT, retire les bobines de PLA.
- Le mode statique ne convient pas au PLA, au PVA, aux supports PLA/PETG et au TPU : bobine immobile, les spires peuvent coller. Utilise le mode rotation, en sortant l’extrémité du filament de l’entrée.
- Pendant une impression, la température de séchage baisse automatiquement (45 °C si du PLA est concerné, 55 °C pour du PETG) pour ne pas ramollir le filament dans les engrenages.
- Alimentation : selon l’imprimante, l’AMS 2 Pro peut être alimenté par la machine (séries H2, P2S, X2D) ou exige son adaptateur (X1, P1, A2L). L’AMS HT a toujours besoin de son propre câble.
Pas d’AMS chauffant ? Bambu Lab documente aussi le séchage sur le plateau chauffant des machines fermées (séries X, H, P2S et P1S) : plateau descendu, bobine posée dessus et couverte par sa boîte en carton ou un capot imprimé en PC, porte fermée, et on retourne la bobine à mi-parcours. Les imprimantes ouvertes (A1, A1 mini, P1P) ne conviennent pas.
Séchoir de filament DIY : les options qui marchent
Tu peux bricoler une solution correcte pour pas grand-chose, à condition de garder la sécurité en tête (chauffage, électricité, plastique : pas de montage laissé sans surveillance).
Le déshydrateur alimentaire
C’est l’option citée par Prusa : on retire les plateaux intermédiaires pour loger une bobine. Vérifie la température maximale avant d’acheter, beaucoup de modèles sont trop tièdes pour autre chose que le PLA et le PETG. Une rehausse imprimée permet souvent de gagner la hauteur nécessaire.
La boîte isolée chauffée
Une caisse isolée, une petite source de chaleur avec thermostat, un ventilateur et un thermomètre-hygromètre : c’est le principe des séchoirs du commerce. Le point critique, c’est la régulation. Sans thermostat fiable, tu fabriques surtout un four imprévisible.
La boîte sèche (sans chauffage)
Elle ne sèche pas vraiment un filament déjà humide, mais elle le garde sec. Boîte alimentaire étanche, dessiccant en quantité, hygromètre : c’est l’indispensable après n’importe quel séchage. On en parle en détail dans notre article sur le gel de silice.
Stocker le filament après séchage
Le séchage ne sert à rien si la bobine retourne à l’air libre. Bambu Lab donne des ordres de grandeur parlants : dans une pièce autour de 55 % d’humidité relative, un filament fraîchement séché reprend assez d’eau pour dégrader l’impression en 2 à 12 heures selon la matière. À moins de 20 % d’humidité relative, il reste sec plusieurs jours.
- Range la bobine encore tiède (pas brûlante) dans un contenant hermétique : boîte, sac zip ou sac sous vide.
- Ajoute du dessiccant (gel de silice à indicateur coloré) et un petit hygromètre.
- Vise moins de 20 % d’humidité dans la boîte ; au-delà, régénère le dessiccant. Bambu Lab recommande de ne pas dépasser 100 °C pour le gel de silice.
- Pour le TPU, le nylon et le PVA, imprime directement depuis un séchoir ou une boîte sèche reliée à l’imprimante.
Quelle méthode choisir selon ton profil
- Tu imprimes surtout du PLA : une boîte sèche avec dessiccant suffit souvent. Un séchoir d’entrée de gamme rattrape une bobine oubliée.
- Tu imprimes du PETG et du TPU : un séchoir qui monte à 65-70 °C et permet d’imprimer en sortie directe devient vite rentable.
- Tu as une Bambu Lab avec AMS 2 Pro ou AMS HT : utilise-le, en respectant ses limites de température.
- Tu imprimes du nylon ou du PC : il te faut un appareil qui tient 80-90 °C (AMS HT, séchoir haut de gamme ou étuve), et un stockage étanche permanent. Pour choisir ces matières, vois notre guide sur les filaments techniques pour pièces mécaniques.
- Tu n’as que ton four : thermomètre indépendant obligatoire, et réserve-le aux matières qui supportent un peu de marge.
En résumé
- Températures de départ : PLA 45-50 °C, PETG 55-65 °C, TPU 60-70 °C, ABS/ASA et PC 75-85 °C, nylon 75-90 °C, pendant 4 à 12 heures selon la matière et l’appareil.
- Les valeurs varient d’un fabricant à l’autre : la fiche technique de ta bobine fait foi, et en cas de doute, prends la plus basse.
- Le four marche à condition de contrôler la température avec un thermomètre ; Bambu Lab le déconseille, Prusa l’accepte avec précautions.
- L’AMS 2 Pro plafonne à 65 °C (PLA, PETG), l’AMS HT gère aussi les matières techniques.
- Sans stockage étanche avec dessiccant, le filament reprend l’humidité en quelques heures.
Questions fréquentes
Prusa recommande 45 °C pendant 6 heures et Bambu Lab 50 °C pendant 8 heures en étuve ventilée. Ne dépasse pas 50-55 °C pour du PLA standard, sinon les spires risquent de coller.
C’est possible si ton four descend assez bas et si tu vérifies la température réelle avec un thermomètre indépendant. Bambu Lab le déconseille à cause de la chaleur mal répartie, et le micro-ondes est à proscrire.
Compte 6 heures à 55 °C selon Prusa, ou 8 heures à 60-65 °C selon Bambu Lab en étuve. Dans un AMS 2 Pro ou un AMS HT, le profil Bambu est de 65 °C pendant 12 heures.
Il peut le chauffer à 65 °C, mais Bambu Lab indique qu’il ne le sèche pas toujours complètement. Le fabricant conseille plutôt l’AMS HT (75 °C, 18 h) ou le séchage sur plateau chauffant.
Des craquements à la buse, beaucoup de fils, une surface rugueuse ou un PETG translucide qui devient laiteux sont les signes typiques. Un PLA qui casse dans le tube est aussi souvent un PLA qui a pris l’humidité.
Oui, Prusa cite cette option : il suffit de retirer les plateaux pour loger la bobine. Vérifie simplement que sa température maximale correspond à ta matière, beaucoup restent trop tièdes pour le nylon ou le PC.
